Supermarché des MOOC

MOOC et e-Commerce : le pouvoir aux consommateurs

Pour résister aux e-vendeurs les plus agressifs, il convient de se comporter en consommateurs avertis. Alors, imaginez que vous êtes devant un rayon de supermarché virtuel rempli de MOOC… Comment allez-vous réagir ?

Choisir sa gamme de produits

La première chose à faire, c’est de lire attentivement l’étiquette du produit, sans se laisser aveugler par l’emballage.

La gamme light ne propose aux consommateurs que des vidéos et des quiz. Gare aux succédanés de cours qui vous laisseront sur votre faim ! Vous aurez consommé mais votre esprit ne sera pas rassasié. Et vous risquez fort d’accumuler les mauvaises graisses autrement dit, d’en rester à quelques idées générales inapplicables, si vous multipliez les en-cas…

La gamme demi-complète s’enrichit de quelques opportunités d’interactions et de lectures complémentaires. Peut-être est-ce suffisant en première approche d’un sujet, surtout si vous disposez de peu de temps et si vous n’êtes pas certain de votre assiduité…

La gamme intégrale parie sur la densité du produit unique. Elle s’adresse aux consommateurs réfléchis, qui ne cèdent pas aux sirènes des tentations multiples. Ces MOOC-là sont nourrissants et bons pour votre santé intellectuelle. A chaque fois que vous en consommez une tranche, cela génère un sentiment de satiété  sans monotonie : l’abondance et la variété sont au rendez-vous. Ingrédients de base : des contenus médiatisés de qualité, des activités d’apprentissages, des ressources hiérarchisées (essentielles, pour aller plus loin…), des séquences ordonnées pour répondre aux goûts du plus grand nombre.

Epices :  discussions nombreuses entre les participants. Et surtout, non pas comme une cerise sur le gâteau mais comme le « levain qui fait gonfler la pâte » : une animation bienveillante tout au long du parcours. Attention toutefois à ne pas vous bâfrer de MOOC de ce genre : vous risquez l’écoeurement, voire l’indigestion !

Il vous revient de vérifier avant consommation (et avant inscription) la composition des MOOC présentés dans les vitrines bien éclairées, autrement dit, les plateformes… Malheureusement, la plupart des fournisseurs ne parlent que du sujet, en y accolant de préférence le nom d’une personnalité ou d’une institution reconnue censé garantir la qualité et vous empêcher d’aller voir plus loin. A quand une fiche standardisée qui indique clairement le pourcentage de chacun des éléments ?

Maintenir son appétit

Passons maintenant à la dégustation.

Les premières bouchées de MOOC satisfont l’envie. Pour apaiser sa faim, il en faut plus. Si vous avez juste envie de tester le goût de ce MOOC-là, vous n’irez probablement pas au-delà de la première séquence. Si, en revanche, votre estomac cérébral réclame une nourriture plus consistante, il vous faudra revenir à la table semaine après semaine. Ce qui risque d’entrer en conflit avec d’autres occupations : pas facile en effet de sacrifier une soirée télé, une sortie au cinéma avec des amis ou, tout simplement, de ne pas écouter cette furieuse envie de ne rien faire, pour suivre une séquence de MOOC. Les architectes du choix dont il a été question dans l’article précédent ne visent que le déclenchement de la pulsion, et son renouvellement régulier. Ils ne vous seront d’aucun secours pour l’entretien de votre motivation sur le long terme. Là, vous devrez puiser dans vos propres ressources. Mais vous en avez, et sans doute beaucoup.

Par exemple, vous pouvez établir un emploi du temps hebdomadaire, vous créer une routine qui libèrera votre cerveau de la responsabilité de choisir : vous ne direz plus « je peux pas, j’ai piscine », mais « je peux pas, j’ai MOOC ». Bonne occasion au passage de supprimer quelques pseudo-obligations assommantes. Le MOOC a bon dos, et c’est tant mieux.

Vous pouvez aussi inviter du monde à votre table, ou rejoindre une bande de convives avec lesquels vous avez des affinités : rien de tel qu’une bonne ambiance pour transformer un repas en moment festif. Les mooqueurs à tendance sociale utilisent volontiers Meet Up pour se retrouver, joindre l’utile à l’agréable. Vos collègues, vos amis, vos voisins… font sans doute aussi des mooqueurs tout à fait acceptables. Dans les MOOC de la gamme intégrale, les occasions de rencontre sont nombreuses : les saisir donnera une saveur particulière à votre parcours. Car les affinités en ligne existent, nous les avons rencontrées ! Vous sachant attendu et apprécié par certains, vous serez moins enclin à abandonner votre cours. Evidemment, des forums bien organisés, dans lesquels on suit aisément les fils de conversation et qui autorisent les échanges privés sont là des atouts précieux.

Des consommateurs aux consomm’acteurs

Vient enfin le temps du bilan.

Vous avez consommé un MOOC qui vous a plu ? Vous êtes rassasié ? Alors, dites-le ! Non seulement à ceux qui vous ont concocté ce bon repas équilibré, toujours friands de vos évaluations. Mais aussi à vos connaissances, dans l’espace matériel et immatériel. Le bouche à oreille est le meilleur canal de recommandation. Ne vous contentez pas d’un like ou de quelques étoiles : affûtez votre plume et vos arguments,  affirmez-vous en tant que personne, quelqu’un qui a des choses à dire, à défendre. Luttez contre le tout quantitatif : votre expérience n’est pas réductible à un chiffre, vous n’êtes pas, pas seulement, le 4589eme inscrit au MOOC machin. Obligez-nous à vous lire, vous entendre, à tenir compte de votre avis. La plupart des MOOC intègrent un espace réservé à ces appréciations. La page Facebook du concepteur, son fil Twitter… jouent également ce rôle. Un simple email fera aussi l’affaire. Et si ça ne vous a pas plu, dites-le aussi !

Peut-être, finalement, éprouverez-vous l’envie de passer en cuisine et d’améliorer vous-même ce que vous avez acheté. Les produits s’améliorent grâce à ceux qui les utilisent et les transforment. La collaboration avec les utilisateurs serait même devenue, dans certains domaines, la première source d’innovation. Verrons-nous un jour des MOOC et autres cours en ligne co-construits par leurs utilisateurs finaux ? Nous n’en sommes peut-être pas si loin…

Photo : Lyza, Flickr, licence CC.

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